
Bertrand Delanoë a ouvert la journée décisive du congrès socialiste.
Sur le compromis, il évoque sa “nécessité “ mais n’en donne pas les termes. Il assure qu’il est “totalement désintéressé” et qu’il met “les 25 %” de sa motion à la disposition du PS”. Il lui est “égal d’être le grand perdant” de ce congrès comme il le lit dans les journaux. Il n’a “aucun intérêt personnel” assure-t-il dans son issue. Mais il fera “tout pour que la raison l’emporte”. Il n’a pas envie “que le congrès de Reims soit le congrès de Rennes”. Il ne veut pas que “Nicolas Sarkozy et François Bayrou” en soient “les vainqueurs”.
Visiblement très tendue au début de son intervention, Ségoléne Royal, au phrasé lent, s’est exprimée à 17h00 devant une salle majoritairement hostile ; deux-tiers des délégués lui sont, par définition, opposés et Reims se trouve en terre Aubryste. Alors qu’on aurait pu penser qu’elle allait poursuivre sur la ligne « Zen » suivie depuis le début du congrès, la présidente de la région Poitou-Charentes a manié la provocation. Ségoléne a fait du Royal. Extraits choisis. « Il nous faut nous guérir nous-mêmes, nous soigner de toutes ces petites et grandes blessures que nous nous sommes infligées ». « Nous finirons bien par nous aimer un petit peu ». « Rassemblons nos colères, nos tendresses - oui nos tendresses - et nos indignations ».
Dans la deuxième partie de son intervention, Ségoléne a délaissé son style « cheftaine des socialistes » et développé des arguments plus politiques, souvent percutants. En particulier sur le Modem.« Serions-nous si faibles, si apeurés que la seule idée d’une alliance éventuelle dans trois ans nous jette hors de nous mêmes alors que certains parmi les plus enflammés la pratiquent déjà chez eux ? » a-t-elle lancé.
Sans doute parce qu’il fallait corriger le tir et faire œuvre de consensus, Mme Royal a organisé une courte conférence de presse à 19h30, juste avant l’ouverture de la commission des résolutions. Message. « Rien ne doit être dramatisé, nous allons faire tous les efforts possible ».
Martine Aubry a prononcé un discours de congrès comme elle en a le secret. Rendant hommage à François Hollande, elle a appelé les socialistes « à faire l’effort et d’avoir le courage de se rassembler ». Elle a souhaité que « l’on remette la question sociale au cœur des propositions du PS » et souhaité que « des banderoles du parti socialiste » surgissent « au milieu des syndicalistes pour les accompagner ». « La ligne politique existe, il existe aussi une majorité pour la faire vivre demain. Sortons de l’inquiétude des présidentielles. Il faut une équipe et un capitaine pour que le PS redevienne un parti de gauche » a insisté la maire de Lille sous les acclamations.
On attendait la conclusion qui logiquement s’imposait. Elle n’est pas venue, malgré le discours de Bertrand Delanoë, qui lui ouvrait un espace, et celui de Laurent Fabius qui l’encourageait à se lancer dans la brèche. Les partisans de Martine Aubry étaient déçus qu’elle n’ait pas « renversé la table ». A ce stade, la maire de Lille n’est toujours pas en lice.
Pierre Mauroy est grognon. L’ancien premier secrétaire qui fait figure de personnalité historique s’était promis de rester silencieux, mais il ne peut cacher sa mauvaise humeur :
Plus tard, dans les coulisses de l'Assemblée générale de la motion A, samedi soir entre 19h30 et 20h00, extraits :
Harlem Desir:
« Faisons en sorte que la logique (...) des motions A, C, et D l'emporte et soit portée par un candidat »
Moscovici:
le 16 Novembre à 1h25... Ségoléne Royal claque la porte de la Commission des résolutions.
A 2 h 20 c'est au tour de Benoit Hamon de quitter la commission des résolutions : “Nous ne sommes pas parvenus à la synthèse. Je suis toujours candidat pour incarner le changement” assure-t-il, même s’il ne ferme pas la porte à un accord avec certains partisans de la motion Aubry. “Je m’en remets au vote des militants”. “On ne voulait pas faire de tout sauf Ségoléne”.
Martine Aubry quitte les lieux quelques minutes plus tard, sans faire de commentaires.
Aux questions des journalistes qui l’assaillent pour savoir si elle sera ou non candidate, elle ne répond pas. Elle peut encore annoncer sa candidature ce matin.
Pour Michel Sapin, les partisans du maire de Paris auront une liberté de vote jeudi prochain.
Ce qui sous-entend que la motion Delanoë n’aura pas de candidat face à Royal et Hamon.
François Hollande refuse de préciser si Bertrand Delanoë ou l’un de ses soutiens sera candidat. “Chacune des motions aura délibéré demain matin”, se contente-t-il d’assurer.

